4 légendes circulent sur Selim Bassa 

 


Selon la première, il a été laissé pour mort dans une maison abandonnée aux portes du désert. Un géant l’a retrouvé, enroulé dans un tapis et soigné, afin de se guérir lui même — d’où ce nom, Selim, qu’il lui a donné, une fois remis sur pied. Selim a renoncé sa religion pour l’Islam et sa langue pour Babel. Ici ou là, il aurait ouvert un Sérail pour recueillir les misérables — y compris ceux et celles qui ignore leur état —. Croiser sa route est l’expérience d’une vie.


Selon la deuxième : Les blessures de la porte sans gond du désert ne se seraient jamais fermées. Perforantes à leur manière, elles auraient creusé son corps jusqu’à l’âme de tunnels en forme de labyrinthe inextricable dont il ne peut sortir ni vivant, ni mort. Qui peut se vanter d’avoir vu son corps nu dans la lumière ? Celle-là qui essaierait serait bientôt étouffée par les larmes.


Selon la troisième : Le Sérail est un sceptre d’or éclaté dans les corps et les yeux de tous les pauvres de nous qu’il a abrités un jour. Pour le reconstituer, il faudrait faire un bien long voyage dont les pas couvriraient la terre d’un filet d’or, reliant les uns aux autres. Puis recueillir, comme un éclat d’obus qu’on ne peut extraire au péril de la vie, chaque témoignage.
Selon la quatrième : L’allégeance est d’autant plus puissante pour le personnel du Sérail, qu’on ignore si elle est faite au lieu ou à l’homme Selim.


Mais qui connait encore le nom de Selim avant Selim, et de cet homme qui n’avait jamais été battu, qu’en reste-t-il dans Selim Bassa ?